Face à l’intensification des effets du changement climatique, à la pression croissante sur les ressources naturelles et aux risques de pénurie d’eau, le Sénégal entend renforcer son engagement sur la scène internationale. L’Assemblée nationale planche sur le projet de loi autorisant le président de la République à ratifier la Charte constitutive de l’Organisation mondiale de l’eau (GWO), signée le 28 mai 2025 à Riyad, en Arabie saoudite.
Le texte a déjà reçu l’aval d’une intercommission regroupant les commissions des affaires étrangères, du développement durable et du développement rural. Réunis autour du ministre de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Cheikh Niang, les députés ont unanimement recommandé son adoption en séance plénière.
Pour le gouvernement, cette adhésion dépasse le simple cadre diplomatique. L’eau est aujourd’hui au cœur des enjeux de développement, de sécurité alimentaire, de stabilité sociale et de préservation des écosystèmes. Dans un contexte marqué par les sécheresses, les inondations récurrentes et la dégradation des milieux aquatiques, les États sont appelés à renforcer leur coopération afin d’apporter des réponses communes à des défis qui ne connaissent pas de frontières.
C’est précisément l’ambition de l’Organisation mondiale de l’eau. Cette nouvelle institution internationale vise à coordonner les initiatives mondiales dans le secteur de l’eau, à promouvoir les meilleures pratiques, à soutenir la recherche et l’innovation, mais aussi à faciliter l’accès aux financements destinés aux infrastructures hydrauliques et aux projets de résilience climatique.
Pour le Sénégal, l’adhésion représente également une opportunité de valoriser une expertise reconnue à l’échelle internationale. Grâce à son expérience au sein de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG), le pays s’est forgé une réputation de modèle en matière de gestion concertée des ressources en eau transfrontalières.
Lors des débats, les parlementaires n’ont toutefois pas manqué de soulever plusieurs préoccupations. Ils ont notamment interrogé le gouvernement sur les garanties offertes en matière de souveraineté nationale sur les ressources hydriques, les mécanismes de prévention des conflits liés aux bassins transfrontaliers ainsi que les bénéfices concrets que les populations pourraient tirer de cette adhésion.
La question du financement a également occupé une place importante dans les échanges. Les députés ont insisté sur la nécessité de garantir la transparence dans la gestion des contributions financières du Sénégal et de disposer régulièrement d’informations sur les projets soutenus par l’organisation.
En réponse, le ministre Cheikh Niang a rappelé que le Sénégal figure parmi les États fondateurs de la GWO aux côtés notamment de l’Arabie saoudite, du Qatar, de l’Espagne, de la Grèce, du Pakistan et de la Mauritanie. Il a souligné le rôle pionnier joué par Dakar dans la diplomatie de l’eau, rappelant que le Sénégal avait été le premier pays à inscrire la question « Eau, Paix et Sécurité » à l’ordre du jour du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Selon lui, la future organisation concentrera ses efforts sur plusieurs priorités stratégiques, notamment le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées, la réduction des pertes dans les réseaux hydrauliques, le développement de systèmes d’alerte précoce et le renforcement de la résilience agricole face aux changements climatiques.
Autre argument avancé par les autorités : le fonctionnement de l’organisation sera entièrement financé par l’Arabie saoudite durant les cinq premières années. Une disposition qui devrait permettre aux États membres de se concentrer sur la mise en œuvre des projets et la définition des orientations stratégiques.







