Le débat sur la souveraineté économique et la gestion des finances publiques sénégalaises prend une tournure doctrinale. Dans la suite de son entretien accordé ce lundi 15 juin 2026 à RFI et France 24, le Président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, s’est attaqué de front à la légitimité des engagements financiers contractés sous l’ancien régime. S’appuyant sur les théories du droit international, le leader politique a affirmé qu’une partie de la dette du Sénégal revêt un caractère « odieux » pour avoir contourné la représentation parlementaire, et a invité le nouveau gouvernement d’Al Amine Lo à en exiger l’annulation.
Au-delà des simples critiques budgétaires, l’ancien Premier ministre a choisi de placer son argumentaire sur le terrain du droit et de la jurisprudence internationale. Il a rappelé qu’il existe un consensus juridique fort permettant aux nations de contester certains passifs financiers.
Il a ainsi exposé les fondements de sa réflexion : « International, depuis les travaux de l’économiste Alexander Sack, de considérer que lorsqu’une dette a été contractée à l’insu du peuple et contre ses intérêts, cette dette est odieuse et elle peut être rejetée. »
Pour Sonko, cette grille de lecture s’applique parfaitement à une portion des engagements financiers que traîne actuellement le Sénégal, pointant du doigt de graves manquements dans les procédures de validation de ces emprunts.
Ousmane Sonko a justifié sa position en dénonçant l’opacité qui a entouré la signature de certaines conventions de financement au cours des dernières années. Selon lui, le peuple sénégalais se retrouve contraint de rembourser des sommes pour lesquelles il n’a jamais donné son consentement, que ce soit de manière directe ou par le biais de ses représentants élus.
« Une partie de cette dette, effectivement, est une dette odieuse parce qu’elle n’est même pas passée par l’approbation de l’Assemblée nationale », a-t-il fustigé. Le Président de l’assemblée a poursuivi son réquisitoire en martelant : « Donc, elle n’avait été approuvée ni par le peuple directement, ni par le peuple indirectement. Les procédures et les mécanismes n’ont pas été respectés et le peuple sénégalais doit aujourd’hui en supporter la charge. Cette dette est effectivement pour partie odieuse. Il faut du courage politique pour poser ce débat-là. »
Cette prise de position n’est pas nouvelle pour l’ancien inspecteur des Impôts et Domaines, qui rappelle avoir théorisé cette approche bien avant son accession aux responsabilités institutionnelles. « J’ai eu à me prononcer sur cela à plusieurs reprises à travers mes interventions, en tant qu’homme politique », a-t-il souligné.
Relancé par les journalistes de RFI et France 24 sur les raisons pour lesquelles cette stratégie de rupture n’a pas été mise en œuvre lorsqu’il occupait lui-même la fonction de Premier ministre, Ousmane Sonko a révélé de profonds arbitrages internes au sommet de l’État :
RFI : « Et pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? »
Ousmane Sonko : « Ça a été proposé. »
RFI : « Mais pas retenu ? »
Ousmane Sonko : « Non. »
Désormais installé au perchoir de l’Assemblée nationale, le leader du Pastef espère que la nouvelle équipe gouvernementale saura se montrer plus audacieuse face aux bailleurs de fonds internationaux. Il a conclu ce volet économique par une invite claire : « J’espère simplement que l’exécutif actuel prendra ses responsabilités pour aller dans ce sens et discuter pour effectivement l’annulation d’une partie de la dette. »







