Le tribunal des flagrants délits de Thiès a rendu son verdict dans l’affaire d’homosexualité et de trafic de stupéfiants impliquant le chauffeur Baye Talla Diop (22 ans), le pâtissier Moustapha Kanté (24 ans), l’enseignant Mor Khary Ndiaye (39 ans) et le commerçant Ousmane Ndao (31 ans). Poursuivis pour association de malfaiteurs, actes contre nature, détention et usage de drogue, ainsi que pour transmission volontaire du VIH concernant deux d’entre eux, les prévenus connaissent désormais la décision du juge rendue à la suite de l’audience du 17 juillet 2026.
Concernant Baye Talla Diop, le tribunal l’a relaxé des faits d’actes contre nature, mais l’a déclaré coupable d’usurpation d’identité, un délit pour lequel il était spécifiquement poursuivi. Il est ainsi condamné à 4 mois d’emprisonnement ferme.
Moustapha Kanté et Mor Khary Ndiaye ont été relaxés du chef de transmission volontaire du VIH. En revanche, ils ont été reconnus coupables d’actes contre nature et condamnés respectivement à 2 ans et 3 ans d’emprisonnement ferme.
Seul le prévenu Ousmane Ndao a été relaxé de l’ensemble des chefs d’accusation retenus contre lui.
Retour sur les déclarations et les aveux enregistrés à la barre
Mor Khary Ndiaye, enseignant en service à Diourbel, avait expliqué lors des débats avoir loué un studio au quartier Nguinth en prévision de son affectation à Thiès. Il avait soutenu que ses coprévenus Moustapha Kanté et Ousmane Ndao avaient simplement passé la nuit chez lui. Confronté aux déclarations faites durant l’enquête préliminaire, il avait fini par reconnaître avoir entretenu des relations sexuelles avec Moustapha Kanté, affirmant toutefois avoir toujours utilisé des moyens de protection.
« J’étais le woubi de Moustapha Kanté et, à chaque rapport, je me protégeais avec un préservatif. Parmi mes coprévenus, c’est seulement avec Moustapha Kanté que j’ai eu à entretenir des rapports sexuels. C’était la première fois que Baye Talla Diop et Ousmane Ndao passaient la nuit dans mon logement », avait confié l’enseignant. Mor Khary Ndiaye avait également déclaré être porteur du VIH depuis plusieurs années, suivre un traitement antirétroviral régulier et avoir informé son ex-épouse de son état de santé avant leur mariage. Il avait également admis consommer la drogue synthétique appelée « Sousse ».
De son côté, Moustapha Kanté avait confirmé avoir entretenu une relation avec Mor Khary Ndiaye pendant plusieurs années. Il avait déclaré que ce dernier lui avait toujours assuré qu’il n’était pas porteur du VIH, précisant n’avoir appris sa propre séropositivité qu’à la suite des examens réalisés lors de la garde à vue. Il soutenait avoir toujours utilisé des préservatifs et mentionnait avoir eu des partenaires masculins à Dakar ainsi que des relations avec des femmes.
« Mor était le woubi et moi le yoss. À chaque fois, il me rassurait qu’il n’avait pas le VIH. La première fois, il m’avait conduit dans un appartement à Dakar où l’on avait trouvé d’autres homosexuels. Nous sommes même allés ensemble en Gambie où nous avons entretenu des rapports sexuels. Mes parents n’étaient pas au courant », racontait le jeune homme. Moustapha Kanté avait ajouté : « C’est Mor Khary Ndiaye qui m’a initié au milieu de l’homosexualité. C’est avec lui que j’ai, pour la première fois, eu des relations sexuelles avec un homme. Je me suis toujours protégé avant les rapports. Je ne sais pas comment j’ai contracté le virus. » Les enquêteurs avaient par ailleurs découvert dans son téléphone des messages à caractère romantique échangés avec d’autres hommes. Il avait de même reconnu sa consommation de « Sousse ».
Pour sa part, Baye Talla Diop avait rejeté les accusations d’actes contre nature, affirmant s’être rendu dans le studio de Mor Khary Ndiaye à son retour de Dakar sans connaître les activités des autres occupants. Poursuivi pour usurpation d’identité, il avait reconnu avoir utilisé un faux profil féminin sur l’application WhatsApp afin de séduire des hommes et de leur extorquer de l’argent lors d’appels vidéo. Il avait également admis être consommateur de « Sousse ».
Ousmane Ndao avait fermement contesté toutes les charges. Il expliquait s’être rendu dans le logement de Mor Khary Ndiaye après son travail : « J’ai trouvé là-bas les autres et nous étions en train de discuter. Je n’ai de relation particulière avec aucun des coprévenus. Moustapha Kanté est mon ami, mais nous n’avons aucune relation sexuelle. Je ne savais pas qu’ils commettaient des actes contre nature. Je ne consomme pas de drogue. »
Selon le dossier d’enquête, six personnes se trouvaient dans le studio lors de la descente de police, mais deux suspects, identifiés sous les pseudonymes de « Papi » et « Fallou », ont réussi à prendre la fuite en sautant du balcon.
Rappel du réquisitoire du ministère public
Dans son réquisitoire, le procureur de la République avait estimé que les éléments du dossier établissaient la matérialité des infractions reprochées à Mor Khary Ndiaye et Moustapha Kanté, notamment les actes contre nature, la consommation de drogue et la transmission volontaire du VIH. Il avait également considéré que Baye Talla Diop devait répondre des faits d’association de malfaiteurs, d’usurpation d’identité et de détention et usage de drogue, tandis qu’Ousmane Ndao devait être déclaré coupable d’association de malfaiteurs.
Le représentant du ministère public avait ainsi réclamé 5 ans de prison ferme contre Mor Khary Ndiaye et Moustapha Kanté, 3 ans de prison ferme contre Baye Talla Diop, et 2 ans de prison ferme contre Ousmane Ndao. Le tribunal a finalement suivi une ligne d’apaisement en prononçant des peines adaptées aux charges retenues et l’interdiction de certaines poursuites.









